
Heures
Supplémentaires – loi TEPA 2007
La loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat a été définitivement adopté par le Parlement le 1er août et validé par le Conseil constitutionnel le 16 août à l’exception de l’article 5.
Le sujet des heures supplémentaires fait l’objet de l’article 1 de la loi.
La loi doit est complétée par de nombreuses mesures de nature réglementaire.
L1222-7, 3111, 3121 à 3123, 3133, 3162, 3171 ; R 3123, 3171 ; D 3121, 3123, 3124
Rappel du dispositif en vigueur avant la loi
Les grandes lignes du dispositif des heures supplémentaires après la loi du 21 août 2007
· Fin du régime dérogatoire des heures supplémentaires dans les entreprises de moins de 20 salariés. Le taux de majoration des quatre premières heures supplémentaires sera unifié au 1er octobre ;
· Exonération d’impôt sur le revenu : toute heure supplémentaire ou complémentaire sera défiscalisée mais prise en compte dans le salaire de référence ouvrant droit à certaines prestations ;
· Réduction de cotisations salariales de sécurité sociale ;
· Déduction forfaitaire de charges patronales. Les heures complémentaires ne sont pas concernées par cette déduction ;
· Entrée en vigueur au 1er octobre. Les exonérations et réductions sociales et fiscales sont applicables aux rémunérations perçues en raison des heures supplémentaires et complémentaires effectuées à compter du 1er octobre 2007.
Les heures supplémentaires
Sont considérées comme heures supplémentaires :
1. période de 4 semaines (L. 212-9, I) :
- heures au-delà de 39/heures semaine ;
- heures excédant une durée moyenne de 35h sur une période de 4 semaines
2. cadre annuel (L. 212-9, II) :
- heures effectuées au-delà de 1607/ an
- les heures réalisées au cours d’une semaine au-delà de 35 heures ;
- en cas d’accord de modulation les heures effectuées au-delà des limites fixées par l’accord
Cette renonciation peut se faire dans la limite de 10 jours/ an ou 70 heures par an pour les salariés soumis à une convention de forfait en heures. La réforme s’applique aux salaires versés en contrepartie :
- de la renonciation au-delà de 218 jours à des journées ou demi-journées de repos accordées au titre de la réduction du temps de travail (L. 212-9) ou dans le cadre d’une convention de forfait annuel en jours (L. 212-15-3, III) ;
- des heures effectuées au-delà de la durée prévue par la convention de forfait en heures hebdomadaire, mensuel (L. 212-15-3, I) ou annuel (L. 212-15-3, III) et au-delà de 1607 heures
Conditions d’application des exonérations
Montant de la rémunération
· La majoration salariale ouvrant lieu à exonérations peut être fixée conventionnellement par accord interprofessionnel ou professionnel de branche, si le taux de majoration résulte d’un accord d’entreprise ou d’établissement il ne donnera pas droit à des exonérations ;
· A défaut de convention la majoration salariale est de :
- 25% pour les huit premières heures supplémentaires et 50% pour les suivantes
- 25% de la rémunération horaire pour les heures effectuées au-delà de 1067 heures dans le cadre de convention ou d’accords de forfait en heures sur une base annuelle
- 25% de la rémunération journalière due en contrepartie du renoncement à des jours de repos par des salriés soumis à une convention de forfait annuel en jours
Les heures complémentaires
Les heures complémentaires sont les heures effectuées par un salarié à temps partiel au-delà de la durée hebdomadaire ou mensuelle fixée dans son contrat.
Réductions de cotisations salariales
Régime fiscal des heures supplémentaires
· Les rémunérations versées aux salariés au titre des heures supplémentaires et assimilées ou complémentaires à compter du 1er octobre seront exonérées d’impôt sur le revenu
Mise en œuvre
· Le comité d’entreprise ou, à défaut, les délégués du personnel doivent être informés par l’employeur des volumes et de l’utilisation des heures supplémentaires et complémentaires effectuées par les salariés de l’entreprise ou de l’établissement ; un bilan annuel est transmis à cet effet (art. 1er, X de la loi).
· Le bénéfice de ces exonérations est conditionné par le respect par l’employeur des dispositions relatives à la durée du travail légales (consultation des représentants du personnel, information de l’inspecteur du travail…) et conventionnelles
Commentaires CGT
§ Il ne s'agit pas d'une mesure salariale, elle ne concerne pas tous les salariés, seulement une partie de ceux à qui l'employeur propose ou impose des heures supplémentaires. Cette situation va accentuer les disparités entre les salariés selon qu’ils peuvent faire des heures supplémentaires ou non ;
§ Il y a un risque de voir les employeurs proposer des heures supplémentaires (réelles ou fictives) aux salariés à la place d’augmentations de salaires. Comme c’est déjà le cas pour l’intéressement ce phénomène de substitution pourrait se développer. A terme c’est le salaire de base qui est sacrifié ;
§ La mesure va aggraver les inégalités entre salariés, selon le niveau de salaires, le statut d'emploi, la branche professionnelle. Les salariés les moins payés seront les moins concernés par les exonérations fiscales et sociales :
¬ aucun avantage fiscal n'est prévu pour ceux dont les revenus sont trop faibles pour être assujettis à l'impôt. L’effet sera donc nul pour les salariés qui gagnent peu ;
¬ l'exonération de cotisations sociales est plafonnée à 10% du temps de travail des salariés à temps partiel (2 heures pour un contrat de 20 heures de travail) parmi lesquels une très grande majorité de femmes et de salariés pauvres. Ces décisions aggraveront les inégalités salariales entre hommes et femmes (20 % en moyenne, 40% si on tient compte du temps partiel) ;
¬ elles n'auront qu'un effet très limité sur les branches professionnelles qui cumulent les durées de travail les plus longues et les plus faibles salaires (Hôtels, Cafés, Restaurants, transports routiers, etc…) par accords de branche ou même d’entreprise le taux de majoration peut être ramené à 10% ;
§ Sous prétexte de volontariat, c'est un véritable marché de dupes. Le salarié, même s'il ne le souhaite pas, sera contraint de les effectuer. C'est un allongement obligatoire et non volontaire de la durée du travail : le projet de loi envisage la possibilité pour le salarié de faire des heures sur la base du volontariat mais cette possibilité n’intervient qu’au-delà du contingent de 220 heures par an. Ainsi, dans la pratique, les heures supplémentaires volontaires s’avèrent difficilement réalisables ;
§ Les salariés au chômage qui eux ont vraiment besoin de travailler se retrouvent exclus de l’embauche, les heures supplémentaires se substituant aux créations éventuelles de postes. Pour une entreprise de 50 salariés, faire faire 3 heures supplémentaires par semaine par salarié revient à supprimer 4 possibilités d’embauche ;
§ Par contre, le salarié volontaire pour des heures supplémentaires n'aura aucun droit à contraindre son employeur à lui en proposer. C'est une mesure qui renforce la subordination du salarié à l'employeur.
§ Les mécanismes d'allègement de cotisations sociales employeurs conduisant aux phénomènes de "trappe à bas salaires" sont maintenus. Ils vont même être élargis avec de nouvelles aides à destination des entreprises de moins de 20 salariés sur lesquelles le gouvernement reste évasif.
§ Pour répondre au problème crucial du manque de pouvoir d’achat, le projet pousse les salariés à accepter d’aggraver leurs conditions de travail. Proposition indécente quand on connaît les cadences infernales imposées dans certains secteurs, quand on sait que des salariés, qui travaillent en continu, de nuit, à la chaîne ne peuvent pas se permettre de faire des heures supplémentaires sans compromettre leur santé et que c’est le plus souvent dans ces secteurs que les salaires sont les plus bas.
Pour d’autres, les heures supplémentaires se traduiront par une désorganisation de leur vie familiale qui risque de leur coûter cher (garde des enfants…). La proposition est d’autant plus malhonnête que les employeurs ont un peu partout mis en place des mécanismes d’annualisation, de flexibilité qui leur permettent de faire travailler les salariés, à certains moments largement au delà de 35 heures, sans recourir aux heures supplémentaires, comme c’est le cas par exemple à la brasserie Kronenbourg actuellement en grève (semaine de travail de 48 heures, ne donnant lieu à aucune heure supplémentaire) ;
§ Grâce à l’exonération de 1,5 euros pour les entreprises d’au moins 20 salariés celles-ci n’auront pratiquement plus de cotisations de sécurité sociale à acquitter sur les heures supplémentaires pour tous salaires entre et 1,6 fois le Smic. Déjà exonérées de charges sur les heures « normales » ces entreprises n’en auront pas à payer sur les heures supplémentaires même majorées ;
§ Si dans l’immédiat, les exonérations de cotisations sociales sont compensées par l’état, qui peut croire que la multiplication d’exonérations de cotisations sociales, reste sans incidences sur l’avenir de la protection sociale. D'ores et déjà l'Etat à un retard de paiement de 6,9 milliards d'euros à l'égard de la sécurité sociale (évalué par la Cour des Comptes au 31.12.2005).
La Sécurité Sociale financée avec les cotisations appartient aux salariés. Elle leur est confisquée par l’état. De plus, la compensation prévue sera payée au moyen de suppression d’emplois publics et de réduction de services publics. Si l’état est prêt à engager 5 milliards dans l’amélioration du pouvoir d’achat, cela doit concerner l’ensemble des salariés notamment ceux dont les salaires sont les plus bas. 5 Milliards permettraient aussi de mettre en place le dispositif de sécurité sociale professionnelle que revendique la CGT.
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